La communication

Avec un brin d’humour et un brin d’humeur, puisqu’il faut quand même survivre à cette jungle que sont les échanges entre courtisane et clients prospectifs.

Quelles sont les questions qu’on te pose le plus souvent ?

En général, plus j’ai répété un truc sur mon site, plus on me repose la question, surtout lorsque je paie pour une publicité sur un gros site d’annonces. Alors sans surprise, les messages que je reçois le plus souvent sont ponctués de ces questions, en général sans aucune présentation ni demande concrète de rendez-vous.

  • Êtes-vous disponible aujourd’hui ?
  • Quels sont vos tarifs et vos prestations ?
  • Possible RDV 30 minutes ? 15 minutes ?
  • Combien d’éjacs sont possibles ?
  • Possible de voir une photo de vous ?
  • Je n’envoie pas ma photo sur Internet, désolé. On fait comment ?
  • Je suis tout près, vous pouvez vous déplacer pour une heure ?
    *Annonce une station à 1h30 de route*
  • Vos photos sont-elles réelles ? Je n’ai pas confiance.

J’essaye de garder mon énergie et ma patience pour vous qui lisez cette liste avec circonspection et avez peut-être un peu honte de vos congénères. La partie « secretariat », comme on dit, c’est la plus usante de notre métier.

Heureusement qu’une fois élagués les balourds, il y a le plaisir des vraies rencontres !

Si je suis maladroit dans ma demande, est-ce gênant ?

Si votre demande est sincère, n’ayez crainte d’être un peu maladroit. Il peut arriver à tout le monde d’oublier d’inclure dans ses messages l’une des quelques informations que je demande pour la prise de rendez-vous : prénom ou pseudo, créneau avec date, heure et durée, photo du visage. La maladresse est tout à fait excusée lorsque la personne est de bonne volonté.

Le problème ne vient généralement pas des demandes légitimes. Cependant, il faut tenir compte qu’un grand nombre de demandes qui nous parviennent proviennent au mieux de personnes n’ayant pas l’intention de nous rencontrer et cherchant à grapiller quelques gouttes d’attention (les fantasmeurs, qui se paluchent parfois en textotant) ou à exercer du contrôle sur nous via notre agenda (les poseurs de lapin). Et au pire, les contacts proviennent d’arnaqueurs, de prédateurs et d’abuseurs. Si nous n’avions que des demandes réelles pour des rencontres avec des gens bien intentionnés, tout serait plus simple.

Il convient donc de garder cela à l’esprit quand vous contactez une escort, et ce afin de bien afficher vos couleurs. Nous respecter dans nos conditions de prise de rendez-vous présage aussi de votre comportement en personne. Nous avons peu de moyens d’être rassurées, et forcer, négocier ou insister ne sera jamais efficace.

Pourquoi il n’y a pas de photos plus récentes sur ton site ?

Je fais des photos une fois par an, à l’automne généralement. Pour cela, je paye une photographe, le plus souvent elle-même travailleuse du sexe. C’est pour ça que mes photos sont un peu artistiques et travaillées, tout en ayant une touche féminine. Ça permet aussi de faire circuler l’argent entre collègues, dans un monde où pas mal de personnes galèrent !

Et le plus beau, c’est que ces amies comprennent bien le cahier des charges du métier : des photos jolies mais représentatives car on ne veut pas décevoir en personne, des photos qui parlent de nous et racontent une histoire, pas que des fesses, des cul et des seins ou des scènes de X. J’attends donc vraiment d’avoir des opportunités pour faire des photos, et pas juste en refaire parce que j’ai pris ou perdu trois kilos ou changé de coiffure.

La logistique

Pourquoi ne pas faire de rendez-vous courts ?

Déjà, c’est pas que je n’en fais pas, c’est que je choisis d’en faire uniquement avec des personnes que j’ai déjà rencontrées (30 minutes pour 150 €). Pour moi c’est très différent !

Le problème que j’ai rencontré avec les rendez-vous courts a surtout trait avec la clientèle qui la réclame. Le plus souvent, il s’agit souvent de personnes que je ne vois qu’une fois, qui consomment des escorts de manière interchangeable. Ce sont donc des relations moins satisfaisantes pour moi, où je me sens moins utile et ou mes compétences sociales et sexologiques sont moins valorisées.

Et puis, c’est aussi le choix de privilégier quantité ou qualité. J’ai parfois apprécié le côté pétillant et joyeux des rendez-vous courts, lorsque je faisais des tournées dans d’autres villes par exemple, mais dans ces cas-là, mon objectif est de « travailler » beaucoup en quelques jours, pas de maintenir mon équilibre émotionnel et sexuel au quotidien, sur la durée.

Avec la façon dont j’exerce maintenant, il y a environ 30-45 minutes de préparation ou de nettoyage à prévoir en tout par rencontre. Je n’enchaîne pas. Je me lave, me remaquille et je change les draps. Mes amants ne se croiseront jamais à la porte. Mais ça veut aussi dire que ça n’a pas de sens de faire des prestations aussi courtes (et aussi peu rentables) si je n’ai pas au moins le plaisir d’avoir fait une vraie rencontre.

Certaines collègues préfèrent les rendez-vous courts et les intègrent à leur façon d’exercer. Je respecte tout à fait cette démarche et si c’est ce que vous recherchez et que vous ne souhaitez pas prendre un premier rendez-vous d’une heure complète avec moi, je vous souhaite de trouver chaussure à votre pied (et le prendre) !

Pourquoi ne fais-tu pas de rendez-vous le jour même ?

C’est aussi là une décision qui me permet de préserver mon équilibre.

Vous remarquerez que j’ai fait le choix de proposer de larges plages de disponibilités, 7h à 23h, sept jours sur sept, puis de les amputer de mes obligations : rendez-vous médicaux, rancarts entre copines, vie familiale, réunions associatives, créneaux à la salle de sport, quelques jours hors de la ville à randonner, etc. À cela s’ajoutent mes besoins émotionnels et sexuels : un jour pour décrocher après plusieurs jours de rencontres, une pause le temps des règles, un arrêt après un moment plus difficile…

Petite note malheureusement pas très glamour : les pires rencontres que j’aies pu faire ont été des rendez-vous pris le jour même. C’est donc aussi une mesure de sécurité pour moi.

Certains gentlemen ne sont disponibles qu’en semaine, d’autres le week-end. Je suis contente de pouvoir m’adapter un peu à ces horaires et conserver une diversité dans les rencontres. Cependant, je ne me vois pas passer des journées au boudoir à attendre de potentiels clients.

Souffrant de handicaps invisibles, je suis souvent fatiguée, je dois prévoir des moments pour me soigner et récupérer. Je ne peux pas être dispo H24, je dois comme tout le monde pouvoir anticiper des moments pour faire les courses ou vivre ma vie de famille.

Il n’y a pas que l’argent dans la vie et je travaille pour vivre et pas l’inverse. En contrepartie, je mets réellement de la joie dans mon activité, elle ne me pèse pas.

Est-ce que le boudoir, c’est chez toi ?

Plus ou moins. Si par « chez toi » vous entendez « un appartement à toi », oui, c’est bien chez moi. Il y a de quoi dormir sur place et tenir quelques jours confortablement ce qui est pratique pour les rencontres tôt le matin ou tard le soir. J’y ai aussi un bureau pour travailler à l’ordinateur sans être dérangée.

Toutefois, ce n’est pas mon lieu de vie et je suis heureuse de pouvoir depuis peu séparer complètement les espaces.

Inutile donc, de venir toquer à 3h du matin pour une envie pressante…

Pourquoi ne pas se déplacer pour des rendez-vous de moins de 1h30 ?

Pendant près de dix ans, j’ai exercé en déplacement ou en touring. J’ai un appartement pour exercer depuis fin 2021, et c’est un confort appréciable, mais ça a aussi fait évoluer ma clientèle.

Par exemple, les hommes en couple ne peuvent pas accueillir nos rencontres et pas toujours régler discrètement une chambre d’hôtel par carte. Or il y a assez peu de tourisme d’affaires à Chambéry, et c’est dans ce genre d’opportunités que la chambre d’hôtel est déjà payée et la rencontre plus discrète.

Les personnes en situation de handicap sont aussi souvent moins mobiles et vivent parfois plus loin en campagne pour des raisons économiques, selon la disponibilité des foyers. Aussi pendant longtemps, je passais beaucoup de temps dans les transports et sur mon vélo pour me rendre accessible à cette clientèle.

J’ai fait le choix de vivre sans voiture, ce qui veut dire que pour me rendre dans les endroits peu accessible en transport en commun ou à vélo, il me faut en louer une. J’ai le permis mais je n’aime pas particulièrement conduire.

Voilà pourquoi je préfère maintenant poser des conditions qui favorisent les séances en réception, dans mon joli petit cocon, même si je ne suis pas fermement opposée à me déplacer pour des temporalités plus longues ou pour des situations particulières.


Prochainement :

Le plaisir

Est-ce que tu jouis vraiment avec les client·es ?

Quels sont tes sex toys préférés ?

Quelles sont tes pratiques ou tes positions préférées ?

Avez-vous des idées de questions à rajouter à cette page ?